Achikochi

Tohoku, sept ans après

2018-03-11 | Lecture : 5 min

Sept ans sont donc passés depuis la triple catastrophe du Tohoku. Sept fait partie de ces chiffres importants au Japon dans le process de deuil dans le bouddhisme japonais.

Mais après 7 ans, il est aussi temps de regarder la situation avec un regard plus froid et c’est ce que propose BuzzFeed Japan dans son dossier du jour. Mais derrière les chiffres, ce sont des vies que l’on aperçoit.

Le Tohoku se dépeuple

Entre 2010 et 2017, les différents départements du Tohoku ont perdu une part non négligeable de leur population:

  • Iwate: -5%
    • Otsuchi : -24%
  • Miyagi: -0.5%
    • Onnagawa : -34%
  • Fukushima (le département, pas la ville): -5.5%
    • Nami: -14%

Si les chiffres au niveau des départements ne paraissent pas si impressionnants, il y a deux facteurs à prendre en compte :

  • ce sont surtout les côtes qui se dépeuplent et à ce titre, le département de Fukushima subit le plus

  • ce sont surtout les jeunes de moins de 30 ans qui quittent la région, ce qui n’est pas spécifique au Tohoku cependant.

(Akiko Kobayashi / BuzzFeed / Via e-stat.go.jp)

Pour ceux qui restent, la vie n’est pas non plus simple. Notamment pour ceux des zones côtières qui ont été évacuées.

Même si la situation s’améliore, 64 000 personnes vivent toujours dans des logements provisoires.

Et parmi ceux-ci, une majorité ne pense pas revenir ou n’a pas encore pris de décision. A contrario, 11.4% feront tout pour revenir.

Dans certaines villes, comme Okuma (大熊町) ou Futaba (双葉町), c’est plus de 60% de la population qui a déjà décidé de ne pas revenir. Mais avec une estimation de 47% de résidents souffrant de syndrome post-traumatique sur l’ensemble du Tohoku, ce n’est pas vraiment surprenant.

Pour ceux qui ont été évacués, c’est la perte des choses suivantes qui les marque le plus :

  • les amis et connaissances (65.9%)
  • le voisinage (61.3%)
  • leur maison (57.7%)
  • leurs biens (53.3%)
  • la nature, les paysages (49.5%)
  • leur lieu de vie et habitudes (48.8%)
  • leur raison de vivre (46.9%)
  • la famille (46%)
  • la terre de leurs ancêtres (43.5%)
  • leur terrain/propriété (39.9%)

La reconstruction

Entre les débris des villes emportés par le tsunami et la terre légèrement irradiée lors les premiers relargages de la centrale et en attente de retraitement, les sacs soirs de débris s’accumulent et sont un des symboles de l’après catastrophe. Les quantités stockées sont impressionnantes, bien au delà du seul Tohoku puisque les départements de Chiba et de Saitama sont aussi concernés.

Chaque zone de stockage est suivie avec son dosimètre. Une terre décontaminée doit avoir un niveau de radiation inférieur à 0.23 microSievert/h (afin de ne pas dépasser 1 milliSievert par an).

L’occasion aussi de rappeler l’existence du projet SafeCast. L’objectif est de mettre la mesure et le partage de ces mesures a la portée de tous en mettant a disposition un kit de construction de capteurs connectés ainsi qu’une carte présentant les données accumulées. Le tout, indépendamment, puisque le projet a été initié par méfiance envers les données officielles.

La reconstruction, c’est aussi la reprise des activités industrielles. Ces 7 dernières années, chaque année a vu des entreprises mises en avant, que ce soit des combinis sur roue dans les premiers mois au riz et aux légumes de la région qui font l’objet d’une grosse promotion ces dernières années. Cette année cependant, c’est la pêche qui fait l’objet des feux des projecteurs.

Entre le tremblement de terre et les fuites d’eau radioactive de la centrale de Fukushima, les poissons ont fait l’objet d’une surveillance toute particulière depuis la catastrophe. Et si dans un premier temps des lots de poissons ont été retirés de la circulation car ils dépassaient les seuils admis, ces dernières années, les contrôles sont négatifs.

Au point que les exportations ont repris, un des plus récents exemples étant vers la Thaïlande (seulement 170kg, a destination de restaurants japonais et que la résistance est féroce).

Un des succès de l’industrie piscicole du Tohoku peut faire rire les francophones : il s’agit de la marque de maquereaux en conserve de la marque « ça va ? », jeux de mot fameux avec le nom du maquereau en japonais (鯖・さば).

La marque a été créée juste après la catastrophe (et vendue a partir de 2013) par Takahashi Hironari, dans le département d’Iwate, afin que tous, dans le pays, puisse faire preuve de charité envers le Tohoku dans leurs actions de tous les jours. Pas sûr que tous soient au courant vu la crispation qu’il y a sur l’alimentaire.

L’avenir

Comme beaucoup de régions japonaises, le Tohoku mise sur le Tourisme. JR fait chaque année une campagne de publicités 行くぜ、東北 qui ont toujours un design original et qui tranchent par leur simplicité avec les publicités habituelles sur le tourisme.

Et il faut croire que ça marche, au moins dans une certaine mesure : a l’exception du département de Fukushima, le Tohoku a retrouvé le nombres de visiteurs étrangers d’avant 2011. On est loin de la hausse vue ailleurs dans le pays, mais c’est une belle réussite pour une région qui traine depuis, une bien mauvaise réputation.

Le mot de la fin

Mars est devenue une période chargée ou quelques organisations instrumentalisent la catastrophe dans un sens ou dans un autre. Surtout en France.

Sur l’aspect de la catastrophe nucleaire, je recommande le reportage de Cellule de Crise, passé sur France 2 l’an dernier. Même si certaines infos ont évoluées entre temps, le reportage donne un point de vue tres intéressant sur la communication en et de la France sur le sujet.

Plus que la triple catastrophe, ce qui m’intéresse plus, c’est l’aspect humain et comment le pays se relève.