Les mensonges du « C’était mieux avant »

« Entre tradition et modernité » est un de ces marroniers que l’on entend trop souvent sur le Japon mais aussi sur la France. Et donc, quand j’ai vu passer quelqu’un sur Twitter recommander « 「昔は良かった」病 » de Paolo Mazzarino (qu’on pourrait traduire par « la maladie de la nostalgie » ou plus directement « la maladie du c’était mieux avant »), je l’ai immédiatement commandé.

Des exemples centrés sur le Japon

J’ai donc commencé le livre sans vraiment me renseigner dessus. Je m’attendais à une étude sociologique sur la nostalgie actuelle d’a peu près toutes les sociétés (les US et Trump, la France et la mise sous verre du pays pour le tourisme, …).

Dans les faits, il n’en n’est rien. L’auteur se concentre sur le Japon et prend sur les différences entre la culture générale actuelle (les shotengais sont anciennes, le pays n’est pas sûr, le thé oolong est consommé depuis longtemps, les patrouilles/milices sont efficaces…) et l’origine de ces histoires mais aussi comment elles ont évoluées. Intéressant de voir comment certains faits étaient décriés à une époque (patrouille, role diminué de la femme) puis ont été retourné et sont maintenant une évidence, malgré les faits montrants qu’ils ne servent à rien.

Le fait qu’il étudie une période assez longue (en général, la totalité du 20ème siècle mais il remonte jusqu’au milieu du 19ème), montre aussi comment les gens oublient ce qu’ils ont vécu. Un des derniers chapitre parle par exemple des nombreux cas d’insolation lors des fêtes du sport et comment de nombreuses personnes âgées se plaignent que ce genre de chose ne se passaient pas de leur temps et que donc l’éducation actuelle affaiblit les jeunes générations. Sauf que, preuve à l’appui, l’auteur montre que depuis l’ère Meiji, les journaux décrivent ce genre de cas, parfois par centaines. Ou comment l’armée a fait fi de toute recommendation médicale pendant les années 20 et 30, conduisant à la mort de centaines de recrues par insolation.

L’approche

Pour chacun des sujets, l’auteur plonge dans les archives de journaux (prinicpalement le Asahi et le Mainichi), et épluche les articles, le courriers des lecteurs et les encarts publicitaires. Ce qui permet vraiment de plonger dans ce que les gens pensaient à l’époque (si par exemple un journaliste présente les Shotengais comme une innovation en 1923, il y a bien une raison), les réactions des gens face à des activités jugées culturelles (les rondes anti incendies inefficaces) ou les actions marketing (l’origine de la consommation de thé oolong par exemple).

Ca permet aussi de bien dater les évenements et aussi de voir comment les phénomènes présentés évoluent dans le temps. Un peu comme une recherche sur Google Trends aujourd’hui.

C’est pas mon avis, c’est le votre

On pourrait s’en douter à la lecture de son patronyme, Paolo Mazzarino est né en Italie. Il risque donc facilement de s’attirer les foudres des ultranationalistes du web lui reprochant son manque de compréhension de la culture japonaise etc.

En utilisant les principaux journaux japonais, surtout venant d’une époque fantasmée par ces ultranationalistes, il s’affranchit quelque peu de ces attaques. « Ce n’est pas mon avis, c’est ce que vous dites. » même si il tombe de temps à autre un peu trop dans le « someone is wrong on the internet ».

Antisocial, tu perds ton sang froid

Cette approche lui permet aussi de rechercher des sujets qui l’étonne et diffuse tout sur internet. Là où il est à la fois droit dans ses bottes et joueurs c’est qu’il publie tout en japonais ensuite compilé dans ses « cours d’anti-sociologie » (a moins que ce soit « cours d’étude des anti-sociaux »). Il a sorti aujourd’hui 12 livres au fur et à mesure de ses recherches.

Pas sûr que ça aide vraiment à lutter contre la nostalgie ambiante. Il ne fait pas forcément partie des auteurs ayant une grande tribune au Japon…

Verdict

J’ai vraiment aimé. Relativement facile a lire et une bonne plongée dans le Japon moderne. Des questions que je ne m’étais pas spécialement posées.

Une bonne lecture donc si vous êtes intéressé par le Japon moderne et l’origine de ce qui vous entoure.

 

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